Nathalie Fredette
Nathalie Fredette est une passionnée de littérature. Auteure de plusieurs essais et critiques littéraires, d’un roman et de nombreux romans jeunesse, elle occupe maintenant tout son temps dans l’exploration de nouvelles voies d’écriture : le récit, l'essai et la nouvelle.
Œuvres parues à la pleine lune
Nue devant des fantômes
Lettres à mes amis éditeurs
Collection «PLUME»
144 pages
Parution : 2026
26,95 $
Vos commentaires
Soumettre votre commentaireJe viens de terminer la lecture de votre livre, Nue devant des fantômes. J’ai adoré votre livre et j’aimerais vous expliquer pourquoi en faisant un petit détour par ma propre expérience dans le milieu de l’édition.
Février 2026. Mon premier roman est enfin publié, après trois années de travail (deux pour la recherche et l’écriture ; une pour trouver une maison d’édition). J’y raconte l’histoire de Maria Schwab, une jeune Allemande qui, en 1912, choisit d’émigrer au Canada après avoir vécu un drame personnel. Le récit couvre l’événement à l’origine de ce choix déchirant ; la traversée dans l’entrepont d’un navire allemand, là où on entassait les pauvres émigrants (ça pue, c’est crasseux) ; sa vie au Canada marquée par les grands bouleversements du début du 20e siècle, dont deux guerres mondiales (l’Allemande va se retrouver du mauvais côté de l’histoire). De plus, on y trouve une petite twist avec le Titanic qui ajoute du piquant au récit.
Bref, j’étais certaine de tenir une bonne histoire et encore plus certaine que les éditeurs allaient se l’arracher. La suite est aussi évidente qu’un bouton en plein visage sur le point d’éclater.
Après l’envoi de mon manuscrit à 23 maisons d’édition, trois ont eu la gentillesse de me répondre et de justifier leur refus. Pour les autres, ce fut silence radio. Je me suis finalement repliée sur une maison d’édition à mi-chemin entre les boîtes traditionnelles et le compte d’auteur. J’ai dû débourser de gros sous pour voir mon histoire se matérialiser sur papier. Et je me suis retrouvée laissée à moi-même pour en faire la promotion. Ayant travaillé comme rédactrice pigiste pendant toute ma carrière, j’avais l’habitude de faire cavalier seul pour vendre mes services. Mais c’est précisément ce que je voulais éviter de faire dans ma nouvelle vie d’autrice. Je rêvais qu’on me prenne en charge et de n’avoir rien d’autre à faire que d’écrire. « Allez pondre votre œuvre, Céline. Nous, on va s’assurer qu’elle se retrouve dans toutes libraires, qu’on en parle sur toutes les tribunes, qu’on vous voit dans tous les salons du livre. »
J’ai vécu toute la gamme d’émotions que vous évoquez si bien dans votre livre : l’espoir, le doute, l’attente, les frustrations, les remises en question, les déceptions.
Une fois mon roman publié, pour me défouler, j’ai eu la brillante idée d’en écrire un nouveau pour décrier le côté ingrat du milieu de l’édition pour les auteurs et autrices. Et, tant qu’à y être, j’allais aussi écorcher le milieu des librairies où j’ai reçu quelques douches froides. Idée vite abandonnée devant l’impossibilité de la tâche. J’ai réalisé que je n’avais ni le vécu nécessaire pour représenter ce milieu de façon crédible ni la maturité littéraire requise pour mener à bien un tel projet, malgré mes 68 ans.
Aussi, quand j’ai entendu parler de votre livre, j’ai couru l’acheter. Et je me suis régalée. Jamais je n’aurais pu écrire un livre aussi pertinent, juste et jubilatoire. Vos lettres sont grinçantes à souhait, mais sans jamais sombrer dans la vulgarité ni la méchanceté. Et le fait que vous ayez trouvé une maison d’édition pour publier un texte si peu flatteur à l’endroit de ce milieu tient de l’exploit.
Je souhaite à votre livre tout le succès qu’il mérite. Il a mis un baume sur mes frustrations et a fait sentir l’autrice en devenir que je suis un peu moins seule. Merci d’avoir eu le culot de l’écrire. Et merci pour les nombreuses perles qu’il contient, dont ma préférée à la page 123, dans l’appel de la lettre au Afghan Kaboul Press :
« Monsieur (forcément), »
Ça, c’est un trait de génie.